

Vivification du mois de Ramadan 1444H
Jour 3 : FATHUL FATÂH (suite et fin)
Les aspects thématiques et quelques critères formels étant traités, montrons à présent ce qui fait de « Fathul Fatâh » une œuvre singulière. Il s’agit des figures de styles dont le Cheikh fait usage et qui compètent les aspects formels.
La première remarque est l’utilisation de l’anaphore qui voit le Cheikh débuter les vers par la même expression. On aurait parlé de refrain s’il s’agissait d’une chanson ou de leitmotiv s’il est question d’un texte. Les vers 10, 11 et 12 de la deuxième strophe en sont marqués. Au vers 10, l’auteur dit : « Bâna lanâ mahan… » (Il nous est unanimement manifeste…). Vers 11, « Bâna lijumlatil… » (Il est clairement apparu à l’ensemble des nobles Anges…). Vers 12, « Bâna biqawlihî… » (Sa droiture a été d’une évidence avérée…).
Le Cheikh recourt par ailleurs à la paronymie, qui est le fait que deux termes s’opposent par une seule sonorité. Par exemple, « Mouride » (aspirant) s’oppose à « Maride » (dévoyé, rebelle). Seul le son « A » les différencient, sachant que le premier est tout le contraire du deuxième. Un autre exemple figure dans le poème « Midâdî » quand le Cheikh écrit : « Lazî qidmatî rammâ ». Ici, en oubliant la géminée et en prononçant « Ramâ » (jeter), on dit totalement le contraire du premier terme « Rammâ » (rehausser).
Dans « Fathul Fatâh », le Cheikh active le levier de la richesse de la langue arabe. Rappelons qu’il a déjà déclaré que le Seigneur lui avait assujetti l’essence de cette langue qui porte le message d’Allah. C’est donc la rencontre d’une langue à la richesse inestimable et d’un poète hors normes qui nous gratifie de ces pages étincelantes comme « Fathul Fatâh ». Le vers 6 en témoigne à suffisance avec la juxtaposition de trois paronymes : « Kaqaysin » s’oppose à « Kalaysin », « Fartawâ » s’oppose à « Fatawâ », « Man ihtadâ » s’oppose à « Man ixtadâ ».
L’usage du syllogisme s’invite également dans le poème. Cette figure de style est défini comme un raisonnement déductif rigoureux qui lie des prémisses à une conclusion (exemple : si tout B est A et si tout C est B, alors tout C est A). Les Gens de la Caverne en sont un exemple très probant quand le Cheikh dit : « Toute personne qu’on identifie au Prophète (PSL) obtiendra le Salut ». Il ajoute : « Le chien qui accompagnait les Gens de la Caverne en est une illustration parfaite ». L’auteur montre que toute personne qui s’attache à un vertueux est apprécié à l’aune de celle-ci, même s’il est indigent et faible. La conclusion est que si nous sommes la meilleure communauté c’est grâce au Prophète (PSL).
Le Cheikh recourt enfin à l’intertextualité quand il mentionne des propos qui, en réalité, font référence à un verset du Coran ou à une sentence prophétique. Par exemple, au vers 12, il souligne : « Sa droiture a été évidente lors de sa réponse par l’affirmative [certes OUI] le jour de l’interrogation ». Ici, le Cheikh fait référence au verset 172 de la Sourate 7 du Saint-Coran. Quand Allah le Très-Haut a demandé aux créatures « Alastu bi Rabbikum » (Ne suis-Je pas votre Seigneur, ils répondirent « Oui », le Prophète (PSL) en premier.
Toujours dans le registre de l’intertextualité, le Cheikh écrit au vers 61 : « Le Très Saint (Al Quddûs) l’a purifié de toute souillure… ». Ce passage évoque une sentence prophétique qui rapporte que le cœur du Prophète(PSL) a été ouvert, à un moment de sa vie, pour être lavé et purifié.
Pour terminer, citons deux vers caractéristiques de la posture du Cheikh dans ce poème. Il s’agit des vers 164 et 66 qui témoignent de cette ardeur, cet engagement à servir le Prophète (PSL). Ce sont des passages poignants qui montrent la considération majuscule que le Cheikh voue à son Maître. A cet effet, il écrit : « J’ai fait de ma joue la terre où se pose la semelle [de sa chaussure]… » (Vers 164). Et d’ajouter au vers 66 : « Quelle béatitude j’aurais eue, s’il m’était donné de placer ma joue sous son pied ou qu’il sente ma présence, tellement Il est noble ».
L’objectif de ce poème était de montrer que le Prophète (PSL) est inégalable, incomparable. Le Cheikh se définit comme son serviteur à demeure.
Commentaire : Serigne Mansour Seck (Membre comité scientifique HT)
Restitution : Awa Tall Ba



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