Premières impressions d’un pélerin

Parti de Dakar, avec ma famille, ce Dimanche 16 Safar, vers les coups de 8h30, je ne suis arrivé à Touba qu’aux environs de 15h. Pourtant, il y a juste quelques 200 km à couvrir.

Un nombre impressionnant de véhicules, de tout genre et de tout gabarit, converge vers la Capitale du Mouridisme.

Tout au long du trajet, j’ai pu noter, non sans émotion, un nombre incalculable de personnes de tout âge et de toute condition, debout au bord de la route, anxieux de trouver un moyen de transport pour rallier la grande métropole de Khadimou Rassoul. On a l’impression que le pays tout entier fait mouvement en direction de Touba. La vérité est que le pouls du pays bat au rythme de Touba.

Cela se mesure à certains indices comme les véhicules de transport en commun bondés de passagers fervents, vibrant au son des khassaïdes, généreusement diffusés par de puissants hauts parleurs montés sur les porte bagages. Cela est également visible à travers les préparatifs auxquels se livrent les talibés. En effet, les échoppes des artisans qui, comme les tailleurs ou les cordonniers, sont sollicités en pareille circonstance, sont littéralement prises d’assaut, tout comme le sont les foirails ou les points de ravitaillement en denrées alimentaires.

Nous sommes encore à deux jours du Grand Magal et pourtant la Ville Sainte est déjà si pleine que les agents préposés à la régulation de la circulation sont littéralement débordés. Au rythme où vont les choses, le Magal de 2005 est parti pour battre tous les records d’affluence et de ferveur.

Pourtant des rumeurs persistantes et très alarmistes, amplifiées par les chaînes de radios privées, ont fait état de l’existence d’une grave épidémie de choléra dans la ville de Touba. A les entendre, la situation est si catastrophique que « certaines bonnes volontés » se sont vite empressées de « conseiller » le report, si ce n’est l’annulation du Magal. Quelle hérésie !
Il faut leur concéder que le spectre de ce terrible fléau aurait pu suffire pour refroidir l’ardeur des plus téméraires. On aurait pu comprendre que, par prudence, certains préfèrent faire l’impasse sur le Magal de cette année. Personne n’aurait pu leur en tenir grief, d’autant plus qu’un communiqué du Khalife Général des Mourides, relatif aux mesures d’hygiène que situation requiert a été interprété par certains comme une reconnaissance de l’existence et de l’ampleur de la maladie dans la ville sainte.

Mais, c’est mal connaître les mourides que d’envisager qu’un événement, quel qu’il soit, puisse compromettre la tenue du Magal ! Quelle a été leur réaction ? Pour l’évaluer, qu’il nous suffise de rapporter les propos de certains d’entre eux, interrogés sur l’attitude à adopter en la circonstance.

« Serigne Touba a accepté le sacrifice de mettre en péril sa vie pour notre rédemption. Pour notre salut, il a enduré mille souffrances. Avons nous alors le droit de lui marchander nos pauvres existences ? Si nous avons un tant soit peu d’amour propre, nous devons convenir que nos vies lui appartiennent. Et puis, le désir de tout mouride qui quitte ce bas monde n’est-il pas d’être enterré à Touba ? Dans tous les cas, Touba est notre destination finale. Alors, maintenant ou plus tard, quelle différence ? Et puis, quelle plus belle mort que celle qui peut survenir alors que nous sommes au service de BoromTouba ? »

D’autres qui habitent Touba, sans vouloir occulter la réalité du phénomène, vous jurent sur tout ce qu’ils ont de plus cher qu’ils n’ont eu vent de la chose qu’à travers la presse. Cela signifie qu’ils ne connaissent personnellement, ni de près, ni de loin, un seul cas avéré de choléra.

A écouter les uns et les autres, on a les larmes aux yeux . En effet, on ne peut manquer d’être ému par tant de foi en Khadimou Rassoul, tant d’engagement inconditionnel au service de Borom Touba. Plutôt mille morts que de manquer de répondre à l’appel de Serigne Touba ! Qu’importent le choléra ou toute autre forme de péril ! Tous à Touba !

Et s’il advient qu’il plaise à DIEU de nous y ôter la vie, nous lui en rendrons mille grâces ! Il nous aura ainsi élevés au rang enviable de martyr.



LES KHALIFES

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