Perspective hagiographique de l’art en Islam et sa réhabilitation par CHEIKH AHMADOU BAMBA

Problématique

Comment définir les valeurs artistiques de l’Islam ?
Aujourd’hui, il importe de s’arrêter sur le concept d’Art Musulman, sachant que l’Art n’est autre qu’un ensemble de moyens et de procédés bien réglés qui tendent à une certaine fin.
L’Art mususlman doit-il s’assimiler au savoir-faire d’un peuple de la communauté musulmane ?

Si oui, ce peuple d’élection, détiendrait-il le monopole artistique de l’Islam ?

Doit-il, ce peuple, être celui de l’Arabie, l’Orient ou de l’Occident ?

Et pourquoi ce peuple ?

Est-ce une simple influence du savoir-faire de celui-ci sur ce qu’on appelle à tort "Art Musulman" ?

Par ailleurs, on s’interrogera aussi sur le fait suivant :

Le savoir-faire d’un peuple qui a ses spécificités socio-culturelles, peut-il s’universaliser à toute la communauté musulmane pour porter ainsi l’étiquette d’Art Musulman ?

A vrai dire, il importe de ressusciter l’Art Officiel de l’Islam de la distinguer des Arts du monde musulman ou Arts des peuples du monde musulman ou leur savoir faire.

Comment d’ailleurs un art, quel qu’il soit, peut-il s’universaliser à toute la communauté musulmane, S’il ne présente pas les mêmes exigences pour tous les concitoyens de cette communauté ?

Et de telles exigences supposeraient l’unicité de cette Art pour tous les peuples de la communauté et son invariabilité, quelle qu’en soit l’assimilation par chacun des peuples de la communauté.

Perspective hagiographique

Aujourd’hui, toute l’ornementation arabesque, mauresque ou orientale, la plupart des créations plastiques arabo-orientales, surtout la décoration en plâtre dite staff qu’on retrouve dans les édifices cultuels, les sépulcres des grands hommes, sont identifiées ou assimilées à l’Art Musulman.

Comme pour détourner le croyant de l’essentiel de ses valeurs artistiques, qu’est-ce qu’on n’a pas qualifié d’Art Musulman dans les grandes divisions du génie plastique ?

Tout de l’architecture, malgré les influences gréco-romaine, persane, indoue et de mésopotamie (à cause des Chaldéens et des assyriens), tout de la peinture de Egypte antique, tout des arts décoratifs andalous et même plus près de nous, tout de la chorégraphie arabe de salma et Leyla, peu importe le caractère profane de leurs compositions, pourvu qu’elles soient en arabe.

On peut se référér par exempIe à la phrase d’un des ténors sur la question de l’Art Musulman. Il s’agit d’un membre de l’institut, Directeur du Musée Stéphane Gseill d’AIger Georges Marçais "Vous feuilletez par désoeuvrement et pour le simple plaisir de faire défiler de belles images sous vos yeux, et vos regards tombent successivement sur un panneau de plâtre sculpté pris dans l’une des salles de l’Alhambra, puis sur une page de Coran Egyptien, puis sur le décor gravé d’un bassin de cuivre persan. Pour peu que vous ayez un rudiment de culture artistique, vous identifiez immédiatement ces trois dernières images comme appartenant à l’Art Musulman. Sans être d’ailleurs capable de décider dans quel pays chacune de ces oeuvres fut créée, vous n’êtes pas tenté, un instant, d’attribuer l’une ou l’autre à un quelconque étranger des pays d’islam. " In l’Art Musulman, librairie Larousse Paris 6e , 1946.

Un tel point de vue est certes respectable à cause du mérite de son auteur qui aime et se préoccupe autant de l’art, mais pourrait néanmoins être présenté de façon beaucoup plus pertinente au croyant sincère, c’est à dire le musulman qui croît en DIEU et à son Envoyé et qui professe la seule religion recionnue auprès de DIEU, en l’occurrence l’Islam.

Car, pour le croyant qui se respecte, il n’est, dans aucun domaine, licite de comparer la beauté d’une page de Coran à celle d’une simple futilité matérielle.

Le Coran étant la source du message de DIEU aux hommes et l’arabe support linguistique, il faut, dès lors que la Parole de DIEU est incréée, comprendre que la beauté d’une page contenant la Sagesse de DIEU est d’abord le respect dans la présentation, l’inaltérabilité et l’incorruptibilité du Texte qui en garantissent l’immuabilité. La beauté d’une page de la Parole Sublime de DIEU est aussi l’attrait qui en favorise l’accès, le rapprochement et la communion.

La beauté d’une page de ce Message, c’est plutôt la beauté de son contenu qu’il n’est donné a personne de produire. Devant un tel défi que DIEU Lui-même a lancé, il est blasphématoire d’évoquer une autre oeuvre en comparaison.

"Dis : Si les hommes et le génies (Djinns) s’unissaient pour produire une oeuvre identique au Coran, ils ne sauraient y parvenir ; dussent-ils mettre tous leurs efforts réunis." (S17, V88)

Cette beauté d’une page de Coran, c’est surtout la beauté de l’art qui le perpétue, soit un ensemble bien réglé et très harmonieux de conventions qui n’acceptent aucune innovation, tellement harmonieux qu’il refuse qu’on lui comble un manque ou lui diminue un surplus. Cet ensemble, c’est la rigueur des signes diacritiques, de la ponctuation et des subtilités de la vocalisation. C’est un Message qui ne se perd pas et qu’on ne peut pas rendre apocryphe, car si DIEU déclare " Et Nous veillons à son intégrité "(S15 V9).

Songeons alors que chaque aspect du Message DIVIN est gravé dans la mémoire d’une des créatures les plus soumises à la Volonté DIVINE, il s’agit des Prophètes qui l’ont transmis à leurs peuples. Alors, lorsque la quasi totalité des écritures ont été dénaturées c’est-à-dire rendues apocryphes, DiEU confirma leur authenticité et leur intégrité en révélant à MOUHAMMAD, le Sceau des Prophètes, le Coran qui est le Livre Sacré le plus parfait et le Plus Complet de Son Message.

MOUHAMMAD a scellé la Prophétie, le Coran a scellé le Message, l’a résumé et l’a universalisé ; il est demeuré intact et pure de la corruption des gens de l’écriture qui sont les juifs et les chrétiens, d’ailleurs le Coran nous prouve cela :"Ô détenteurs de l’écriture ! voici que Notre Prophète est venu à vous pour vous éclairer après une longue absence des Prophètes. Plus jamais vous ne pourrez alléguer en excuse : nul n ’est venu de la part de DIEU nous annoncer la Bonne Nouvelle, nul n’est venu nous avertir" (S5, V19).

Non ! l’art d’une page de Coran réside plutôt dans l’invulnérabilité qu’elle tire de sa calligraphie, celle-ci étant un ensemble de moyens qui permettent de déffricher le Message de DIEU codé en 114 sourates, 6236 versets, 77460 mots, 321250 lettres et 156051 points.

Pour prouver l’’importance de la calligraphie et le rôle qu’elle joue dans la perpétuation du Message, CHEIKH AHMADOU BAMBA nous rappelle la Parole de DIEU qui dit :
"C’est à Nous qu’il revient de te l’inculquer en entier." (S75 V17)

Un tel verset suppose certes que le Prophète détient la clef Divine du mystére Coranique, de son secret inviolable et insondable, de sa philosophie et de son action béatificatrice, mais aussi, qu’il est du rôle apostolique de MOUHAMMAD qui jouit de ce privilège exceptionnel, d’assumer toutes les modalités pratiques de son écriture, seul et unique moyen de conservation de ce patrimoine glorieux qu’il a soigneusement inculqué à ses compagnons.

L’on nous dit que du vivant du Prophète, le Coran se conservait sous ses auspices sur des supports très divers papyrus (plante des bords du Nil de la famille des cypéracés que les anciens utilisaient comme support de l’écriture), parchemins (peau d’animal préparée pour l’écriture, la reliure), cuir, plaque de calcaire, os, omoplates ou côtes.

Le Prophète. était tellement préoccupé par la récitation du Coran qu’il affranchissait tout prisonnier païen au prix d’initier la lecture et à l’écriture un certain nombre de fidèles.
On a d’autre part parlé de l’Art Musulman en l’assimilant à un simple modèle de broderie ou à une mosaïque de faïence (marqueterie céramique) du Maghreb et d’Espagne, mais jamais il ne sera permis de comprendre un Art Musulman en dehors du Message de la Religion Musulmane.

En dehors de la Calligraphie du Saint-Coran, nous n’avons pas jusqu’ici rencontré un génie commun à tous les peuples de la Communauté. Par contre, l’harmonie du Coran commence par la langue Arabe sonnant d’une seule et même voix pour les musulmans du monde entier.

Cette langue qui, comme nous l’avons dit dans nos travaux précédents, est propre à mieux pénétrer l’esprit est destinée par DIEU à la Révélation. Elle est la langue privilégiée du Message, par conséquent de sa lecture et de sa récitation.

Le Coran est la seule Richesse de l’Islam, il est son Texte fondamental ; la beauté de sa composition littéraire est sans conteste une transcendance pour le génie créateur des hommes et des djinns, aussi bien du point de vue de la sémantique structurale qu’analytique ; le Coran est un talent bien au-dessus de la créativité humaine. C’est le seul Message de la Vérité transmise aux hommes dans une proportion harmonieuse de lyrisme, de Bonne Nouvelle, de rigueur et d’avertissement.

Certes, il est le trésor artistique le plus complot de l’Art Musulman qui découle de lui, évolue en lui et aboutit à’ lui. Par conséquent, le seul moyen artistique directement lié au Coran est la Calligraphie du Saint-Coran qui est la voie royale, qui permet d’y accéder et d’en profiter. Elle est l’Art de bien former les écritures selon jes règles et les techniques artistiques et de rendre leVerbe DIVIN.

L’islam est une religion unique et transcendante dans son essence, mais socio-cultureIIe dans son réceptacle. Une telle affirmation pose une problématique qui mérite d’être élucidée.

Le Message est le dénominateur commun de l’ensemble des musulmans et n’est l’oeuvre d’aucun d’entre eux, mais il s’assimile à la culture de chaque peuple qui l’adopte,l’épure et extirpe ses innovations blâmables.

Une telle démarche est delle du Coran et de sa Calligraphie. Le Coran. est commun et unique pour tous les musulrnans du monde, sa langue liturgique, en l’occurrence l’arabe, leur est également commune, de même que les modèles de reliure, de couvertures, d’ornements arabesques à frises répétitives, stéréotypées ou simplement florales.

Que l’écriture soit un fragment en coufique (écriture angulaire), ou semi-coûfique ( coufique penché ou coufique de perse orientale), ou une écriture cursive (naskhi), les directives restent les mêmes. De même, que la graphie soit une graphie proportionnée (khat al mansûb) ou non, que ce soit une écriture homogène avec la couleur de base qui est le noir ou la dominante noir-cassée avec le rouge, le vert et les autres couleurs, dans tous les cas, les directives demeurent inchangées.

Ces Directives concernent les procédés utilisés pour lire et écrire correctement la Révélation Divine. Les savants et les hommes de DIEU ont, conformément au Prophète, annoncé aux croyants les bienfaits et les avantages attachés à la lecture du Coran ; d’ailleurs le Cheikh nous réaffirme le conseil des anciens :

"Le lire exclusivement pour la Face de DIEU sans chercher de fonune, ni taire I’astentation."(In Masâjikul Jinân - vers 552)

Cet impératif du Cheikh se justitie dans les vers suivants :

"Quiconque veut parvenir à proximité de DIEU doit lire le Coran sans jamais l’abandonner"

"Celui qui veut, dis-je, obtenir l’Agrément de DIEU, doit lire et méditer le Coran ." (In Masâlikul Jinân - vers 529, 530)

D’ où la nécessité de respecter l’écriture pour une bonne et correcte lecture du Message Authentique
Pour démontrer que la Calligraphie qui est la Voie de la Lecture du Coran, est un article du Message que tout Héritier de ce Message d’ALLAH se doit, dans Sa mission, de revivifier, de recommander et de défendre, il suffit de rappeler toutes les recommandations utiles sur les bienfaits du Coran que les hommes de DIEU n’ont cessé de prêcher aux croyants.

Le Cheikh AHMADOU BAMBA, dans "LES ITINERAIRES DU. PARADIS " (Masâlikul Jinân) nous énumère ces bienfaits :

"Le Livre est la Source de toutes les sciences dans le monde, comme l’a dit le Héros Savantissime"

"Ne l’abandonne jlamais ; lis -lie constamment, tu pourras en déduire tout ce que tu voudras."

"Tâche de te parer de toutes les louanges que DIEU y a anncncées pour Ses serviteurs, en faisant des
efforts héroïques."

"Toute conduite que DIEU y a vitupérée est Interdite aux créatures ; évite-les, tu seras sage."

"Car, certes, Le TRES-HAUT ne l’a révélé que pour que les serviteurs l’appliquent ; sois parmi ceux qui l’appliquent." (Vers 535,5356 538, 539 et 540)

De là, on comprend davantage que la CaIIigraphie ne peut jouer qu’un rôle de premier plan dans la conservation du Coran dans les coeurs et la multiplication de ses exemplaires, et dans le respect des normes et exigences de sa récitation.

Le Prophète MOUHAMMAD (Paix et Salut sur lui) nous recommande de lire le Coran, nous dit CHEIKH AHMADOU BAMBA, et d’être "conscient qu’en lisant le Coran, qu’on s’adresse à son SEIGNEUR, ayant le sentiment de lire ce que le TRES-HAUT a révélé."

"qu’on le lise comme comme si on Le voyait (qu’’IL soit Glorieux et Exalté ) notre SEIGNEUR UNIQUE"
"Car, si on ne Le voit pas des yeux, dit l’Apôtre, il voit quant à Lui tous les êtres."
(in Masâlikul Jinân - vers 554, 555, 556)

Le CHEIKH ajoute :

"Aucun moment n’est interdit pour la lecture duCoran, selon l’opinion de tous les hommes dignes de confiance." (vers 557)

Insistant sur la délicatesse du Texte et des risques et dangers qu’il peut comporter pour le lecteur, le Cheikh semble encore une fois faire l’apologie,de la Calligraphie, de ses profits et bienfaits pour la lecture du Saint-Coran. Il nous dit :

"Les Ulémas préfèrent la lecture sur un Muçhaf (une Vulgate) à le réciter par coeur, lis-le donc sur le Livre."

"A chaque fois que tu Iils dans un Muçhaf pour la Face de DIEU, cette lecture allège à tes parents les peines du tombeau par la Volonté de DIEU, LE TOUT-PUISSANT."

"Si tu lis le Coran dans un Muçhaf, DIEU le MAITRE des créatures te gratifie d’une bonne vision." (In Masâlikul Jinân - vers 563, 564/565 et 566)

Comment tout cela serait-il possible sans a Calligraphie qui, en tant qu’Art Officiel, se comprend mieux dans la sentence que nous rapporte le Cheikh dans le vers 580 du Masâlikul Jinân :

"Le meilleur des humains est celui qui, après avoir appris le Coran, l’enseigne aux autres."

Mais, avec le rappel au vers suivant du caractère d’Obligation Collective de la récitation par coeur du Texte Coranique tel qu’il nous a été transmis, on convient davantage de la nécessité de le conserver par écrit et par conséquent de le réciter.

"Le savoir par coeur du texte Coranique est une obilgation Divine Collective, tel qu’on nous l’avait transmis".

"Quand un nombre de gens suffisant pour assurer sa perpétuation s’en occupe, les autres en sont déchargés." (Vers 581,582)

C’est DlEU Lui-même qui officialise la Calligraphie qui est un tmoyen privilégié pour arriver à cette fin. Cette dernière sera, par conséquent, à tout moment, à la charge de celui qui est investi de l’Héritage de la Mission de I’Envoyé.

Comment d’ailleurs la Calligraphie ne jouera-t-ella pas un rôle si important, quand on sait, d’après le Cheikh que :

"Le meilleur service pour lequel vous recevez un salaire est Le Livre d’ALLAH que vous enseignez"

"Et dont la rémunération est rendue licite de peur de voir se perdre le Livre de DIEU, par le fait de ne plus être étudié".(vers 586,587)

Les savants ont été très explicites pour ne pas voir se perdre le Message que contient le Livre. C’est DIEU Lui-Même qui donne à la Calligraphie du Saint-Coran son statut d’Art Officiel ; il est vrai qu’un. bas -relief, un arabesque ou des mauresques, une voluté, un ornement, une broderie ou un entrelac peuvent varier ou différer, mais l’écriture arabe arrêtée ici comme support de la Parole de DiEU, est soumise à l’ummuabilité, à. l’Unicité et à la Transcendance de Celui qui parle.
N’est-ce pas là un ensemble de critères qui définissent le caractère officiel de la Calligraphie du Saint-Coran ?

Mais le caractère sacré et universel du Message du Coran suscite en nous une interrogation fondamentale cet Art Officiel de l’islam, l’a t-il été par le génie qui permet de bien former les caractères ?

Non, cet Art l’est surtout par sa Graphie, son Orthographe et sa Grammaire.

LA GRAPHIE : L’officialité de la Calligraphie du Saint-Coran ne s’exprime pas simplement dans la beauté, mais piutôt dans la fidélité à rendre la Parole par l’écriture, selon des dispositions et des formes particulières sous lesquelles la représentation s’accomplit.

L’ORTHOGRAPHE : Une Calligraphie du Coran de belle facture suppose que l’orthographe d’Usage (qui traite de la correction du mot indifféremment de sa fonction dans une phrase) et l’Orthographe d’Accord (qui traite du mot dans les fonctions qu’il remplit dans la phrase) respectent et se conforment au Message Authentique véhiculé par DIEU.

LA GRAMMAIRE : Une belle facture en Calligraphie suppose un calligraphe qui domine et maitrise toutes les règles à observer pour écrire ; correctement l’arabe, support linguistique du Coran. De ce point de vue, une calligraphie de belle facture est celle dont la rigueur grammaticale offre toutes les corrections linguistiques, sous forme de procédés respectant les éléments de l’arabe du point de vue phonétique, phonologique, morphologique, syntaxique, lexicologique, sémantique et stylistique toutes ces conditions à remplir témoignent davantage de l’importance de la connaissance du Coran qui, sans une écriture soigneuse, n’est point possible.

Par conséquent, nous répéterons inlassablement que la beauté d’une page de Coran doit être perçue dans ce qui permet aisément au croyant de reconnaître les Reçommandations et les Prohibitions de DIEU.

Comment un infidèle peut-il apprécier à Sa juste mesure la beauté d’une page de Coran, alors que la page peut recommander une conduite qu’il n’observera pas et en laqueile il n’aura jamais foi ?

Comment un profane peut-il apprécier la beauté d’une page de Coran, alors que cette page peut être une réprimande contre lui, une dénonciation, un avertissement et une prémonition de sa condamnation ?

En vérité, qu’est-ce qui est plus légitime entre le fait de chercher à rendre une page de Coran belle aux yeux d’un profane et celui d’éviter la profanation du Livre Sacré de DIEU par les pervers, les hypocrites et tous les ennemis de la foi musulrnane ?

Le vénéré CHEIKH AHMADOU BAMBA a, quant à lui, choisi le deuxième cas, en envisageant d’abord de réhabiliter tous les modes et élémens de l’écriture qui permettent de reproduire la parole de DIEU, afin de la préserver des erreurs profanes.

Réhabilitation de la calligraphie du Saint Coran par Khadimou Rassoul
le Serviteur Privilégié du Prophète (Paix et Salut sur Lui)

Le Cheikh est un mujadid, un adorateur de DIEU et un Serviteur du Prophète. Un mujadid est tenu de réhabiliter toutes les Valeurs Culturelles de l’Islam au prix du sacrifice de son âme, car ce n’est qu’en tournant le dos au monde que DIEU lui révèle les valeurs authentiques qu’Il agrée.

CHEIKH AHMADOU BAMBA a prouvé dans l’itinéraire spirituel qu’il s’est tracé, qu’il acceptait des sacrifices pour la Cause de DIEU que nul autre n’assuma, et c’est ainsi que DIEU lui disposa tout l’Héritage des moyens authentiques de réhabilitation des Valeurs Culturelles de base de L’Islam.

Dans le domaine des Valeurs Artistiques de l’Islam, il a initié une expérience én Calligraphie qui a redonné au Coran dans sa lecture et dans sa récitation, toute sa splendeur d’origine.

Il a recommandé l’intelligibilité, l’aération, la présentation correcte, le format des feuilles, la vocalisation, la ponctuation et les signes diacritiques, et en plus de ces dispositions, le Cheikh a aussi apporté beaucoup de créations artistiques qui auréolent la Calligraphie et le Livre, augmentent son respect et sa considération. Nous les passerons en revue dans le détail des clichés des valeurs artistiques

Le CHEIKH a outre les bibliothèques de conservation du Coran qu’il avait installé partout ou il passait - à TOUBA, Darou Mannane, Thièyène, Diourbel- formait des artisans de génie au service et lagloire du Coran.
Avec lui, les génies créateurs ont rivalisé d’adeur de dextérité, à la Calligraphie du Saint Coran et à tout ce qui s’y rapporte, de l’ornement intérieur et extérieur à l’entetien de l’esthétique à l’accessibilité.

Déjà en 1903, précisémetle 24 juin un des administrateur français les plus hostiles au CHEIKH -il était le chef de mission de l’arrestation de ce dernier- disait dans un compte rendu au gouverneur :
" le carré d’AHMADOU BAMBA est immense. Il comprend un grand nombre en paille très bien faites, plusieurs cours intérieures et au centre, deux pavillons avec gallerie circulaires et double toîts. Ce deux pavillons sont distants de vingt cinq mètre l’un de l’autre. Ils sont vides, mais les galleries comportent des étagères immenses couvertes de Coran. "

Par ailleurs dans un atre rapport daté du premier janvier 1914 portant description de la grande concessiondu CHEIKH à TOUBA, monsieur l’administrateur en chef du cercle du Baol déclare :
" au sud et à deux ou trois cent mètres se trove une série de cases rondes peut être trente ou quarante qui sont entourées de tapades. Ici encore se trouve un gardien porte-cléfs, c’est a bibliothèque du Serigne. Cahcune d ces cases est remplie d’une centaine de malles, de cofffres d’une grande variètés de forme et de dimensions, renferman des vulgats (muçhaf).
Dans certaines de ces cases, ces coffres voisinenet avec des objets de literie, des cuvettes,des meubles ; dans ces quartiers se trouve la bibliothèque.

Il est aisé de reconnaître au Cheikh le rang de Serviteur privilégié du Prophéte de l’islam, à cause des multiples services qu’il lui a rendus, pour élever la Voix de DIEU sur terre.
Rendre service à l’Elu de DIEU ne signifie pas revendiquer le titre de "Nabi" ou "Rasûl", encore moins de "Wâli" ou de Messie1 ou d’une manière générale, s’aventurer dans des considérations apostolico-bibliques, théoriques et stériles, mais c’est plutôt le fait de prendra concrètement l’engagement de réhabliter les Valeurs Culturelles de base de l’Islam, au prix du sacrifice suprême de son âme et de ses biens.

De son vivant, Touba et toutes les autres stations où il avait fait un séjour, avaient pour nom Eldorado, et Ce à cause du Coran. Tous les génies, en l’occurrence les porteurs du Coran, les détenteurs du Muçhaf, quelque soient la quantité et la provenance, les artisans (à cause des enluminures, des étuis , des couvertures à sangles, des encriers, des plumes, des fourreaux, de tout instrument utile à la Calligraphie) et les grands calligraphes de tous les terroirs ruaient vers lui.

Et dans un souci ardent de réhabiliter le Coran de l’abatardissement et des innovations blâmables que les locaux y avaient introduits par excès et par luxure, il encourageait les uns en les comblant de tous les honneurs, et les autres en leur achetant la totalité des Corans qu’ils détenaient à un prix très compétitif de même, il accordait toutes tes promotions aux artisans des techniques d’accompagnement en développant autour de lui une
industrie de Calligraphie dont la production a suscité une rivalité entre la qualité et l’esthétique.

C’est encore pour longtemps qu’on se rappellera de Serigne Modou Diop Massamba, de Serigne Mor Sow, de Serigne MBaye Guèvye et du célèbre Sakhéwar, une équipe très solide dans l’art d’embellir le Coran dans le style de l’enlumineur exceptionnel qu’était Serigne Massamba MBacké.

Dans ce domaine, il est vrai que le Cheikh a développé une race de scribes qui, en dehors des 17 spécialistes qui travaillaient pour lui selon l’unique procédé d’écriture qu’il exigeait, étaient des rois de la plume, à l’instar de Serigne Mor Faty War Cissé. Cette génération de scribes fit naître des imitateurs à profusion en milieu Mouride, à tous les niveaux, et les exemplaires rapportaient auprès du Cheik à leurs auteurs des richesses fabuleuses, même pendant la triste période de crise allant de 1914 à 1918.

Dans cet élan, le Cheikh a revalorisé la Calligraphie avec des noms comme Serigne Mouhammadou Moustapha MBacké, Serigne Mouhammadou Falilou MBacké, Serigne Mouhammadou Bachîr MBacké - tous trois fils du Cheikh -

Le Cheikh a aussi, dans le même élan de renouveau, rendu à la Calligraphie toute sa splendeur, et tous ses efforts témoignaient à quel point il était préoccupé par le Message de DIEU.

Le Cheikh, il ne faut pas l’oublier, est un Mujadid, son amour ardent envers DIEU et envers L’Elu est tel qu’il a rempli irrésistiblement les coeurs de tous les adorateurs sincères, en l’occurrence les murîd.

Ces derniers sont ceux qui ont la conviction que CHEIKH AHMADOU BAMBA a assumé dans le Service du Prophète des sacrifices que nul autre n’a accepté d’assumer et ce degré supérieur a fait que quand il prescrit une chose, on l’exécute à la lettre et quand il interdit une chose ,on l’abhorre et l’exècre systématiquement.

Aussi, c’est par ce degré supérieur de son sacrifice pour DIEU et pour L’Elu que les âmes ont envers lui une inclination telle que lorsqu’il sollicite une chose, on la trouve et même lorsqu’il ne la sollicite pas et qu’on devine qu’elle lui conviendrait, on la trouve également, quelqu’en soit le prix.

C’est pourquoi lorsqu’il a voulu développer la Calligraphie du Saint-Coran dans son fond et dans sa forme, les mourides, en vue d’obtenir son aqrément, lui
ont apporté, de tous les horizons ; du papier de la meilleure
qualité et dont le format s’adapte au rang du Coran qui est Grand et Glorieux : d’autres ont taillé des plumes des meilleures graminées de la région , d’autres, à défaut
de lire et d’écrire. se sont contentés de trouver de l’encre à partir des plantes, par tous les procédés

Pour montrer également que dans ce domaine, le rôle joué par le Cheikh est une mission au service de l’Islam, il suffit simplement de constater l’apport de ses successeurs dans le même ordre, et ceci, pour obtenir son agrément. Ils ont d’abord compris que le Message véhiculé par le Cheikh n’est autre que les enseignements du Livre Sacré, ils ont compris que le Livre est l’auxiliaire par lequel CHEIKH AHMADOU BAMBA, leur Maître, a impétré la Satisfaction de DIEU et de L’Elu, ils ont compris que le Coran était son seul Abreuvoir durant les années d’épreuves au milieu des infidèles, ils ont donc compris que le Coran est un Patrimoine dont il a acquis dignement le Mystère auprès de
DIEU.

Ces derniers ont multiplié les Institutions des Sciences Coraniques en milieu Mouride, principalement à Touba où on ne verra jamais un élève titulaire de la maîtrise en Sciences Coraniques qui n’ait laissé un Muçhaf écrit par lui selon les règles de l’Art, en guise de mémoire.

Toujous pour perpétuer le message du Coran le troisième Khalif de SERIGNE TOUBA, Cheikh Abdoul Ahad MBacké a matérialisé l’dée d’une bibilothèque spécialisée dans la conservation du Livre sacré à laquelle le Cheikh a toujours donné la priorité dans toutes ses résidences.

Aujourd’hui, tout le monde sait que TOUBA est sa Demeure, la GRANDE-MOSQUEE, le lieu de culte qu’il a érigé à la Gloire de DIEU. C’est pourquoi à l’Est de celle-ci, se dresse majestueusement le Temple de la Vulgate communément appelé "Dâray Kâmil".

En mettant sur pied une telle Institution, le Khatif a eu toute la latitude de répandre le Coran selon les normes authentiques de l’Ecriture Classique.
Dans les rayons de cette Institution, on se familiarise avec les noms de grands calligraphes dont le génie n’est plus à démontrer. Parmi eux, le seul nom de Serigne Djily MBacké, de l’Ecole de Serigne Chouaïbou M8acké , fils de SERIGNE TOUBA, suffit non seulement pour porter la couronne du roi de la plume, mais pour traduire la replique d’une jeune génération de calligraphes très jaloux des talents du peloton des anciens à ltinstar de Serigne Massamba MBacké et de Serigne Mor Faty War Cissé.

Par ailleurs, on ne cessera plus d’évoquer la prormotion de la Calligraphie et des calligraphes officiels par le Mouridisme, car Serigne Abdoul Ahad MBacké a doté cette même Institution d’une imprimerie qui procède à la standardisation de chaque exemplaire de Muçhaf d’une des vedettes des Sciences Coraniques.

Serigne Abdoul Ahad MBacké a fait de la Calligraphe la première et la plus essentielle activité des petits-fils du Cheikh, des jeunes de la descendance des "Bousso" et des familles qui n’ont d’autre richesse que l’érudition et la maîtrise du Coran.

Serigne Abdoul Ahad MBacké a aussi créé une sorte de censure autour de la Calligraphie du Saint-Coran, en se faisant le parrain des grands "Daara" qui lui apportaient le Muçhaf de fin d’études en Sciences Coraniques des élèves dont la tutelle lui revenait. La censure pour ces élèves n’était autre que le fait que chacun d’eux était obligé de lui présenter un manuscrit respectant les normes et les recommandations de SERIGNE TOUBA.

Aussi, il a fait de sorte que, pour les membres des familles religieuses, seule la réussite totale de ce Muçhaf est le gage de leur responsabilisatton dans des domaines tels que la prise en charge d’une partie des disciples, la direction d’un secteur de travail (champs, conquête de terres neuves. etc), cette réussite les favorisait également du mariage et de bien d’autres avantages licites.



LES KHALIFES

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logo article El Hadji Fadilou MBACKE (1945-1968)
logo article Serigne Abdoul Ahad MBACKE 1968-1989
logo article Serigne Abdoul Khadre MBACKE 1989-1990
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