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LE RETOUR DU CHEIKH AU SENEGAL

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Cheikh Ahmadou Bamba débarqua à Dakar le samedi 6 Chacbân 1320 H. (8 novembre 1902). Puis il se rendit à Saint Louis, où il resta 15 jours avant de partir pour Louga le mardi 1er Ramadan.

Dans cette ville, il descendit chez son frère Cheikh Thioro MBACKE, qu’il quitta dans la nuit du samedi et passa chez Cheikh Dioulo CISSE, puis il se rendit chez son adepte Serigne Ciré LO à Sanoussi où il arriva dans la matinée du dimanche.

Il passa dans ce village le reste du mois de Ramadan. Pendant ce temps, les gens affluaient vers lui de tous bords les uns pour adhérer à sa voie, d’autres pour obtenir la satisfaction de leurs besoins, à coté de notables venus le féliciter.

Parmi ces derniers figurait l’éminent poète Ibrahim DIOP Massar. L’histoire de la rencontre de cet homme avec Cheikh Ahmadou Bamba est curieuse et amusante et comporte un étonnant dévoilement (kashf) pour le Cheikh.

En effet, Ibrahim était lourdement endetté à une époque difficile, où il lui était impossible de régler ses dettes. Après avoir effectué des visites auprès de grands chefs religieux sans obtenir leur aide, il resta extrêmement troublé. Lorsque Cheikh Ahmadou Bamba arriva à Sanoussi, Ibrahima vint l’y joindre avec un poème dans lequel il parle de ses dettes et prie le Prophète (Paix et Salut sur Lui) et ses quatre khalifes de l’aider à les régler.

A son arrivée à Sanoussi, il demanda et obtint une audience avec Cheikh Ahmadou Bamba. Introduit chez celui-ci, Ibrahima le salue. Puis, avant d’exposer sa situation, de parler de ses dettes et de réciter le poème cité plus haut, le Cheikh lui dit :

"Donne-moi ce sac-là. " Il le lui donne.

"Donne-moi l’autre ! " Il le lui donna.

"Compte le contenu de chaque sac et mets le part à part".

Il trouva que leur contenu s’élevait à 500 Frs. Puis le Cheikh lui dit :

"Déduis en cent et donne les moi." Il obéit. Puis il lui dit :

"Ajoute le contenu du premier sac à celui du second et utilise cette somme dans tes intérêts."

Ses dettes s’élevaient justement à 500 francs. Ibrahima émit alors un grand cri sous l’effet d’un "hal" (état spirituel), de sa grande surprise de cette révélation faite au cheikh concernant ses dettes. Quand ce dernier lui demanda la cause de ce cri, il lui raconta toute son histoire. Voici les vers d’Ibrahîm :

J’ai divisé mes dettes contractées pour aider des frères sur les généreux dans l’espoir qu’ils les régleront !

Toi, Mukhtar,, tu régleras la première part ! Et Toi, Siddiq, la seconde ! Et Toi, Farûq, la troisième ! Et Toi, Outhman, la quatrième !

Quant à Toi vaillant guerrier Père des Hassan, tu t’occuperas du reste !

Vous êtes des hommes généreux dont un infortuné ne sollicite l’aide sans l’obtenir

Ceci étonna fort le Cheikh et il en remercia Dieu.

Par ailleurs, des jaloux s’infiltrèrent dans les rangs des visiteurs du Cheikh, et, avant même son arrivée chez lui, ils se mirent par excès de jalousie à souligner en guise d’avertissement ce qu’ils considéraient comme les signes précurseurs d’éventuels troubles de la part des adeptes du Cheikh...

Le jour de la fête de fin de Ramadan (le jeudi 01/01/1902), le Cheikh célèbre la prière prévue à cette occasion et resta à Sanoussi jusqu’au samedi 03/01/1903 au soir.

Puis il parti, passa chez le mouride Goor Mack DIAW et accomplit les prières du magrib et d’Isha ensemble à cause du voyage. Puis il se rendit à Maca Baba où il passa la nuit.

Le dimanche 04/01/1903 au matin, il alla à Mbacké Cayor chez son oncle Cheikh Ibrahima Mbacké qu’il quitta au soir, pour se rendre à Keur Mukhtar, chez Massamba khari DIOP, où il resta jusqu’au mardi 06/01/1903 au soir.

Puis il alla à Niakhal chez Mukhtar Marième SYLLA où il passa quelques jours avant d’aller à Coki Gouye. Après y avoir passé une journée, il le quitta peu avant le coucher du soleil alors qu’on préparait le dîner, poursuivit son voyage et arriva chez lui à Darou Salam dans la nuit du mercredi 21 Shawwal (21 janvier 1903).

Dans cette localité, résidait son frère Cheikh Anta (M. 1941) qui lui offrit une hospitalité sans précédent, et qu’il n’était pas possible ni aux autres adeptes aisés du Cheikh, ni aux autres à fortiori de lui offrir. Cette hospitalité dura dix jours pendant lesquels, on égorgeait chaque jour dix taureaux. Quand ce chiffre ne pouvait pas être réuni on le complétait par un ou plusieurs chameaux.

Pendant ce temps, on préparait des cases pour le Cheikh chez son frère Ibrahim, dans un endroit situé entre Darou Salam et TOUBA, que le Cheikh baptisa Darou Manann et où il se rendit au début de Dhul-Qi’da.

Ses rapports avec Cheikh Ibrahim étaient d’une cordialité qui dépassait toute description. Ibrahim fut d’ailleurs celui qui était chargé de veiller sur la famille et les biens du Cheikh pendant son exil. C’est autour de lui que s’étaient réunis les principaux chefs mourides sous la direction du Cheikh Ahmadou Ndoumbé.

Celui-ci supervisait les activités des talibés et aidait les enfants du Cheikh avant son retour d’exil. Du reste, Ahmadou Ndoumbé s’acquittait si parfaitement de ses devoirs que Cheikh Ahmadou Bamba le disait exemplaire en sa conduite.

Le Cheikh célèbre la fête du sacrifice à Darou Manann et y poursuivit l’éducation de ses adeptes et l’entretien de ses affaires.

Le nombre de ses adeptes ne cessait de s’accroître, et le Coran, comme les poèmes du Cheikh étaient constamment lus le jour et récités la nuit, tandis que l’enseignement et les travaux étaient assurés impeccablement par ceux qui en étaient chargés. Mais au fur et à mesure que le nombre des adeptes se multipliait, ses adversaires devenaient plus nombreux et plus actifs. Les provocateurs, comme jadis, réussirent de nouveau à créer toutes sortes de soupçons au sujet du Cheikh.

La Rédaction

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