Evolution de l’Art scriptural du Coran

HISTORIQUE DE LA LANGUE ARABE

On ne peut aborder l’Art de la Calligraphie dans sa genèse sans d’abord faire un aperçu très bref sur la langue Arabe. Le morcellement politique qui prévalait en Arabie jusqu’au VIe siècle n’a jamais une fors altéré l’esprit bédouin. Cet atout avait comme expression éclatante l’unité sacrée du mode de vie des tribus de l’Arabie qui ne distinguait pas le nomade du sédentaire.

Le morcellement politique avait engendré un foisonnement de dialectes qui, au VIe siècle, allait être résolu par une langue commune à toute l’Arabie et qui traduisait surtout l’esprit bédouin qui leur était si cher, si sacré.

Nous savons tous qu’à l’époque, les frontières linguistiques de l’Arabie étaient, au Nord l’Araméen, à l’Est du Golfe Persique le Persan, à l’Ouest de la mer rouge le Copte.

A l’intérieur de l’Arabie donc, la langue Arabe devait supplanter le parler Araméen au Nord, se substituer à la langue écrite Sud-Arabique (du nedji), dans les domaines politique, économique et social.

C’est donc au VIe siècle que naquit la graphie Arabe dérivée du modèle Araméen(12). Le hasard ne réussira plus jamais un tel mariage, l’arabe naquit pour accueillir le Message Sublime de DIEU.

LA GRAPHIE ARABE ET SA CALLIGRAPHIE

Dans la partie traitant de l’historique de la langue Arabe, nous avions signalé que celle-ci était née pour accueillir le Message de DIEU.

Le sort, dans son génie créateur, fit de cette naissance le début de l’évolution de cette graphie et de la Calligraphie Arabe en général vers un Art Officiel pour toute la Communauté de Mouhammad.

Pourquoi un Art Officiel ?

C’est la motivation profonde de vouloir déchiffrer le Message Divin, de le réciter dans les offices, de le pérenniser et de le sauvegarder contre les profanes, qui a créé une Calligraphie dont le système est rigoureusement providentiel.

Les 28 lettres de l’alphabet, à cause de leur vacuité, devaient, pour être un véhicule efficace de la Parole de DIEU aux hommes, connaître un raffinement, une systématisation et une fertilité, plus que dans n’importe quelle langue.

Le Coran que l’Arabe naissant devait transmettre contient toutes les sciences de la Voie de l’Au-delà (Mukâshafat, Mucamalât et cIbâdât), il est par conséquent Sublime, Glorieux et Vénérable. A son service, le prophète a produit une génération de calligraphes dont les dons étaient totalement soumis aux recommandations que le Prophète devait laisser à ses héritiers. Ces calligraphes ont mémorisé d’abord, maîtrisé, puis écrit ensemble un Muçhaf. Leurs successeurs ont confirmé le Message, systématisé la graphie et jeté tous les jalons de la Calligraphie dont la beauté et l’esthétique barrent la route aux profanes.

Comme nous l’avions vu plus haut, Seydina cUthmân ne pouvait pas rester indifférent à l’écriture du Coran, dont l’Arabe qui en est le support naquit à la Mecque peu avant la Majorité du Prophète.

Conscient qu’il n’existait alors que quinze graphies sur les vingt huit lettres que comprend l’alhabet Arabe, Seydina cUthmân entreprit la systématisation des treize autres. A titre d’exemple, les cinq lettres suivantes "Ba(b)", "Ta’(t)", "Tha’(th), "Nûn (n)", "Yâ’ (y, î)" étaient représentées de la même façon, c’est-à-dire sans aucun point diacritique.

Il accepta l’introduction des signes diacritiques différenciant leur graphie, l’on dit même que le Prophète recommandait l’emploi du Racch (il s’agit des points sur des lettres trop semblables entre elles afin de les distinguer).

Quant à la vocalisation, nous disions plus haut, d’après le Ihyâ culûmu-d-Dîn de Ghazâli, qu’elle était initiée par l’honorable Hajjâj Ibn Yûsuf.

Dans les premiers siècles, l’écriture Arabe qui était une des préoccupations essentielles des musulmans, s’est transformée en Art de la Calligraphie du Saint-coran, qui a connu de grandes mutations dans l’évolution de son style.

Le premier style est celui des plus anciens Corans qui ont été découverts. C’est un style qui a été improprement appelé Coufique, car la plupart des spécialistes dans ce domaine ont déclaré n’avoir rencontré aucun Coran complet ou Coufique.

Ce style dont les graphies angulaires et géométriques sont très variées, a donné une production de Corans allant de la fin du 1er siècle de l’hégire au début du second. Cette datation, nous dit D.S Rice, s’est faite sur la base d’analyses paléographiques très approfondies, fondées sur des spécimens subsistants et leur comparaison avec des inscriptions datées et certains passages descriptifs disséminés dans des œuvres d’auteurs musulmans.

Ce style appelé Coufique simple doit sa particularité surtout à la mise en place successive des lettres sur une même ligne de base.

Cette ligne de base de l’écriture Coufique est un critère important dans la mesure où elle commande pratiquement toute l’évolution de la Calligraphie, en tant qu’Art et ce, du Coufique à l’écriture cursive (Naskhi).

C’est cette ligne, nous dit un éminent professeur (14), qui va se rompre progressivement par la volonté de l’artiste, soucieux de créer de nouvelles formes.

Ainsi, vers le milieu du IVe siècle, l’enrichissement du coufique simple a donné dans certaines lettres des éléments diagonaux typiques et dans d’autres, des têtes triangulaires marquant une autre mutation qui est celle de semi-coufique, du coufique penché ou du coufique de Perse Orientale.

Aussi, plusieurs autres formes se rapprochant de ce style se sont développés avant de se transformer radicalement à la fin du IVe siècle en un style cursif Naskhi.

Avant la fin du IVe siècle, les deux styles ont évolué parallèlement, mais cela, après le semi-coufique.

Les spécialistes ont identifié plusieurs autres variétés avant que le cursif ne s’impose définitivement.

On peut alors citer parmi celles-ci :

- "le coufique fleuri" où les extrémités étaient coiffées de lobes ou de fleurons ;

- ensuite "le coufique tressé" où les rameaux s’enroulent autour de hampes ;

- "le coufique géométrique" qui se particularise par des nœuds placés à mi-hauteur, coupant la ligne des lettres hautes, les lettres étant placées par exemple de façon à obtenir un carré.

Il importe par ailleurs de noter que la quasi-totalité des Corans Coufiques étaient en parchemins, mais à la fin du IVe siècle, tous les Corans en écriture cursive étaient essentiellement sur papier.

L’application de l’écriture cursive à la Calligraphie du Saint-coran a été le terminus du respect scrupuleux de toutes les instructions du Prophète à propos de la graphie ; le modèle Naskhi ou écriture cursive est aussi la station où tous les vœux apostoliques du Prophète sur les fonctions de la graphie et de la Calligraphie du Saint-coran se sont réalisés.

D’ailleurs le Coran le plus ancien qui a survécu dans cette écriture, est le manuscrit d’Ibn al Bawwâb, qui date de l’an 319 de l’hégire, soit l’an 1000 du calendrier Grégorien ; ce présent travail , non seulement ne peut pas l’ignorer, mais devra lui donner toute son importance, surtout quand on sait qu’ Ibn al Bawwâb est unanimement reconnu comme le plus célèbre des calligraphes arabes.

Ibn al Bawwâb, de son vrai nom Ali ibn Hilâl, connaissait le Coran par cœur, selon les normes que conféraient le titre de hâfizûn. Il avit copié soixante quatre fois le Muçhaf, sans se contenter de art scriptural par lequel il surpassa Ibn Muqla, mais le fit surtout selon la fixation du canon précis qui marquait les formes cursives, c’est-à-dire du point de vue calligraphique : l’élégance, la souplesse, la simplicité, le rythme et toute l’harmonie des lettres de noblesse et ensuite, du point de vue de la graphie, c’est-à-dire toute l’organisation canonique de la vocalisation, des consonnes et des signes diacritiques.

Il faut dire que depuis, ce style n’a subi jusqu’à nos jours aucune transformation, il faut également dire que toutes les initiatives louables à l’égard du Coran n’étaient prises que par des adorateurs de DIEU autorisés dans le service de l’Elu. Alors, faut-il que nous nous interrogions sur une chose ; l’initiative louable est-elle l’apanage des anciens exclusivement ? Ou bien, le statut de serviteur autorisé du Prophète, est-il aussi l’apanage des anciens ?

En tout cas, la Mission du Prophète se réhabilite par des rénovateurs spirituels, mais plus un adorateur aura accepté des sacrifices dans le service de l’Elu plus son action aura de l’éclat.

De ce point de vue, il est maintenant très aisé de comprendre l’importance que votre site le Serviteur accorde à la Calligraphie du Saint-coran, clef de voûte des Valeurs Artistiques du Mouridisme, parce qu’étant l’Art Officiel de l’Islam.



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