Communication de Serigne Atou Diagne, à la conférence de l’UNESCO à Calabar (Nigéria)

« L’appréciation islamique de l’esclavage et de la traite négrière par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, serviteur du Prophète Mouhammad (PSL) et grand militant des droits fondamentaux de l’homme et des peuples ».

Voilà le thème de la communication que Serigne Atou Diagne Responsable Moral de Hizbut-Tarqiyyah et Recteur de l’Institut International d’Etudes et de Recherches sur le Mouridisme présente ce jeudi 15 mars 2012 à Calabar au Nigéria dans le cadre des activités de l’UNESCO.

Quelques extraits  :

Honorables hommes de culture et universitaires venant de tous les horizons,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

"En acceptant de répondre à l’appel pour la lutte contre l’esclavage et la traite négrière, je suis très honoré d’être parmi vous, éminents spécialistes de la question. Un des rares thèmes qui a une portée planétaire permettant à l’homme de corriger ses imperfections, de s’évaluer par rapport aux règles d’humanisme, de s’amender, de faire son mea culpa par les voies du dialogue, de la réconciliation, du pardon, de l’excuse, de la réparation, de l’éradication des erreurs, de l’intégration et de l’acceptation.

Je témoigne ma gratitude au projet ‘’La route de l’esclave’’ dont le thème d’aujourd’hui « La Traite négrière et l’esclavage dans le monde arabo-musulman : une tragédie occultée et un héritage partagé » me donne aujourd’hui l’occasion de prendre humblement la responsabilité de traiter devant vous : « L’appréciation islamique de l’esclavage et de la traite négrière par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, serviteur du prophète Mouhammad (Paix et Salut de DIEU sur Lui) et grand militant des droits fondamentaux de l’homme et des peuples ».

Si on demande au musulman non arabe que je suis, de parler de la position de Cheikh Ahmadou Bamba, qui n’est pas non plus arabe, mais musulman et qui, de surcroit, a vécu à une époque postérieure à la traite négrière, il me sera difficile de le faire par rapport à la traite. Cependant, je saurai bien le faire fondamentalement par rapport à l’esclavage, car malgré l’abolition officielle de cette pratique, l’esclavage était maintenu dans sa forme initiale aussi bien du côté de l’acquéreur que du propriétaire."....

L’ESCLAVAGE N’A JAMAIS ETE UNE PRATIQUE ORDONNEE EN ISLAM

Si on parle de traite négrière et d’esclavage dans le monde arabo-musulman, on pense aussitôt à la traite négrière arabe qui a existé avant la traite négrière musulmane, si elle a vraiment existé, ou encore à celle des occidentaux appelée traite transatlantique, européenne ou euro- américaine, indissociable de l’église.

L’examen des textes de la convention internationale de Genève, relative à l’esclavage datant de 1926 laisse clairement percevoir une volonté de réprimer la traite des esclaves et même l’esclavage sous toutes ses formes.

Il est clair ici que la perspective stigmatise l’asservissement des êtres humains sous toutes ses formes. Elle revêt également une dimension plus globale au-delà des nations, au-delà des temps et ce, avec les multiples formes qu’il peut avoir : trafics d’enfants, servitude pour dette, aliénation des droits des femmes, etc.
Ainsi donc, à proprement parler, il n’y a pas une traite musulmane des noirs d’Afrique car il serait contradictoire que l’Islam vienne établir l’obligation d’ordonner le bien et d’interdire le mal et s’adonner en retour à cette pratique dégradante pour la dignité humaine.

Le Prophète dit : " Je serai l’adversaire de trois catégories de personnes le Jour du Jugement’’. Et parmi ces trois catégories, il cita celui qui asservit un homme libre, puis le vend et récolte cet argent ." (Rapporté par Al-Bukhârî et Ibn Mâjah)

Et pour preuve, partout en Afrique où les royaumes s’adonnaient à ce trafic, l’Islam s’est attaqué à eux pour affranchir les populations ou mieux les libérer.

CHEIKH AHMADOU BAMBA ANTI ESCLAVAGISTE ET MILITANT DES DROITS DE L’HOMME

Illustres participants à cette auguste assemblée, c’est pour accomplir un devoir que je m’engage à parler de la position d’un homme de DIEU, d’un grand adorateur, d’un serviteur du Prophète dont je suis un adepte, pour partager ce que j’en sais avec les autres.

Cheikh Ahmadou Bamba n’est pas un prophète, mais il a choisi d’accomplir une mission universelle au service du Prophète. Par conséquent, il n’a pas proposé une nouvelle voie, une voie autre que l’Islam.

Il a déclaré à ce propos : «  Je n’ai point fondé une confrérie (TARÎQA), j’ai plutôt trouvé la voie qu’avait scrupuleusement suivie le Prophète et ses compagnons entièrement flétrie, je l’ai défrichée le plus proprement, je l’ai également rénovée dans toute son originalité et lancé l’appel suivant : tout pèlerin qui désire partir, peut venir voici la voie réhabilitée : cette voie est celle du pacte d’allégeance ».

Certains défendent que l’entreprise de la traite a été soutenue par les religions et ce, sans même préciser laquelle, et sans tracer les limites de ce soutien pour savoir si ce sont toutes les religions qui l’ont défendue de façon consensuelle, unanime, ou plutôt s’il s’agit d’un courant porté par une religion donnée, ou une simple déviation relevant d’une interprétation des textes authentiques ou apocryphes.

Chers participants, il est donc normal, devant un tel amalgame que les adeptes des religions s’impliquent dans ce débat de l’UNESCO.

Si le panarabisme est différent du panislamisme, pourquoi ne pas faire la part des choses car le Prophète, n’est pas exclusivement le Prophète des arabes mais celui de tous les peuples fondus en une seule nation de foi ?

C’est pourquoi j’insisterai sur l’appréciation islamique de l’esclavage par Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du Mouridisme pour apporter ma contribution dans ce débat.

Pourquoi parler donc de Cheikh Ahmadou Bamba dans un sujet aussi sensible où le ‘’tabou’’ asphyxie l’objectivité ?

Mais avant d’en venir à cela, qui était cet homme de DIEU ?

Il est venu au monde en 1272h./1855 et fut rappelé à son Seigneur le 19 juillet 1927 soit 1346h. Son mausolée se trouve à Touba, République du Sénégal, ville qu’il a fondée en 1888 pour adorer DIEU son Seigneur loin des tumultes de ce bas monde.

Il est celui qui, en 1875, à la suite de la bataille de Samba Sadio , entre Lat Dior le roi du Cayor et Amadou Cheikhou Ba de Ouro Madiyou, a refusé l’allégeance de Ibrahima Macodou Diop demi frère de Lat Dior qui se convertit à l’Islam et vint se confier à lui pour qu’il soit son guide spirituel. Cheikh Ahmadou Bamba lui recommanda aussitôt de rendre toute la partie de ses biens issus du butin de guerre de Samba Sadio et de libérer les esclaves capturés et qui étaient sous sa coupe avant d’accepter son allégeance.

Selon le grand Cheikh cette guerre ayant opposée deux musulmans ne saurait légitimer la capture des esclaves. Ainsi autant les esclaves que les biens issus de ce butin de guerre entre deux musulmans sont illégaux.

Un tel Fatwa dérangea beaucoup les services judiciaires, je veux dire les Cadis qui officiaient dans la cour du roi du Cayor.

L’éminent professeur, feu Mbaye Guèye de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, spécialiste des questions d’esclavage et de traite négrière nous dit que : « dès 1880, Cheikh Ahmadou Bamba avait commencé à diriger ses attaques contre les marabouts courtisans, conseillers des rois, qui interprétaient de façon laxiste le Coran dans le seul but de plaire aux caprices des souverains. Ils légitimaient leurs actes les plus révoltants, les plus injustes » .

Cheikh Mouhammadou al Bachir, dans son ouvrage biographique consacré à Cheikh Ahmadou Bamba, nous renseigne sur le personnage : « c’est par scrupule, par générosité d’âme et par sa confiance en Dieu, que le Cheikh concéda aux membres de sa famille, la part d’héritage qui lui revenait de la propriété commune en laissant à son frère aîné et à son oncle maternel tous les esclaves, hommes et femmes, qui leur furent communs ».

Il se présente donc comme un anti esclavagiste, pas comme Georges Washington mais plutôt à l’exemple du Prophète de l’Islam qui lui seul libéra gratuitement soixante trois (63) esclaves. Son exemple fut suivi par ses compagnons. L’histoire nous enseigne que `Â’ishah en libéra alors soixante-sept (67), `Abbâs, soixante-dix (70), `Abd Allâh Ibn `Umar mille (1 000), `Abd Ar-Rahmân ibn Awwuf en racheta à lui seul trente milles (30 000) puis les affranchit.

...

La Fatwa (sentence juridique) prononcée par Cheikh Ahmadou Bamba à propos des esclaves de Samba Sadio sonna un son nouveau dans le clairon de l’islam dont l’écho ne laissa personne indifférent.

Il fut convoqué à plusieurs reprises par le souverain, mais refusa d’obtempérer. Ce n’est que dans l’une de ses réponses qu’il lui signifia ce qui suit : « ce n’est pas par fatuité ou par outrecuidance que j’ai délibérément refusé de répondre, ce n’est pas non plus par peur de vous rencontrer, ou de rencontrer votre aréopage juridique, vos hommes de droit, savants et juges, mais pour comprendre mon refus, référez-vous à la réponse de Malik ibn Anas à votre homologue souverain Haroun Rachid à savoir : ‘’vous ne cherchez pas la science et préférez les avantages de ce-bas monde, je ne suis pas donc disposé à composer avec vous. J’ai honte que les anges me voient devant la porte des souverains pour des choses périssables. »

Cette première entrée dans la scène politico-religieuse rassura les musulmans ; sa foi inébranlable devenait un idéal de grandeur morale, une dignité, une soumission à DIEU et DIEU exclusivement.

Les premiers contours de l’indépendance du culte rendu à DIEU au nom de l’Islam ne connaitront plus de recul. Les valeurs de l’Islam universelles léguées par le prophète commencèrent à se réhabiliter après une longue période de flétrissement.

Après avoir vaincu toutes les aristocraties ainsi que la révolution maraboutique avec ses dignitaires religieux qui lui menaient la guerre, l’envahisseur avait donc devant lui un autre ennemi : un combattant de la foi en l’occurrence Mouhammad ben Mouhammad ben Habîballâh, Cheikh Ahmadou Bamba.

Pourquoi Cheikh Ahmadou Bamba ? Quelle était son originalité et sa force ?
...

Texte intégral de la Communication du Responsable Moral de Hizbut-Tarqiyyah et Recteur de l’Institut International d’Etudes et de Recherches sur le Mouridisme à Touba.

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