Communication de Serigne Atou Diagne, Recteur de l’IIERM à l’occasion de la visite de la Promotion MBA de 1973 de HEC de Paris au complexe Hizbut-Tarqiyyah

Au nom de DIEU, le Clément et le Miséricordieux
Que la Paix, le Salut et la Bénédiction de DIEU soient sur nous tous
Honorables hôtes de la Xème Promotion de MBA de HCC de Paris,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Après vous avoir adressé mes chaleureuses salutations et souhaité la bienvenue dans la cité religieuse de Touba, je commencerai d’emblée mes propos par répondre à une lancinante question que se pose tout chercheur qui s’aventure dans ses études dans le domaine du Mouridisme : le mouridisme est il une confrérie ? Une secte ? Une multinationale ?

Honorables visiteurs, il n’en est rien de tout cela. Cheikh Ahmadou Bamba qui en est le fondateur s’est démarqué de toute interprétation, explication ou compréhension en dehors du champ de l’Islam.

Cheikh Ahmadou Bamba n’est pas un prophète, il n’a jamais revendiqué ce statut mais il a choisi d’accomplir une mission universelle au service du Prophète de l’Islam, d’où son nom de fonction Khadimou Rassoul, Serviteur du Prophète. Par conséquent, il n’a pas proposé une nouvelle voie, c’est-à-dire une voie autre que l’Islam.

Il a déclaré à ce propos : « Je n’ai point fondé une confrérie (TARÎQA), j’ai plutôt trouvé la voie qu’avait scrupuleusement suivie le Prophète et ses compagnons entièrement flétrie, je l’ai défrichée le plus proprement, je l’ai également rénovée dans toute son originalité et lancé l’appel suivant : tout pèlerin qui désire partir, peut venir voici la voie réhabilitée : cette voie est celle du pacte d’allégeance ».
Cette déclaration ne laisse aucune équivoque sur le Mouridisme dont l’essence reste un message de revivification de l’Islam. De même, rien dans le vocable n’est personnalisé. A l’opposé des autres voies, on ne parle ni de « bambisme » ou « khadimisme » encore moins de« mbackisme ». Il s’agit tout simplement de la Mouridiyyah c’est-à-dire la voie qui mène l’aspirant à DIEU.

Honorable visiteurs,

Pour comprendre davantage le Mouridisme, nous nous référerons aux réponses de Cheikh Ahmadou Bamba aux questions du gouverneur de l’AOF (Afrique Occidentale Française) en 1926.

A la question de savoir de qui est né pour la première fois le MOURIDISME, sa réponse fut : le Mouridisme est né de « La FOI par le TAWHÎD (théologie), la LOI par le FIQ (jurisprudence) et la VOIE par le TAÇAWWUF (Perfectoinnement spirituel)) ».
A la question de savoir également quel était son objectif, il répondit : « Son objectif est la FACE de DIEU, le TRES HAUT le GENEREUX »

Voilà brièvement campé le Mouridisme. Maintenant permettez moi, chers visiteurs, de me tourner vers son fondateur et sa mission.

Cet illustre personnage a vu le jour en 1855 à Mbacké Baol une localité du centre ouest du Sénégal. Connu pour son appartenance à l’une des familles les plus pieuses du Sénégal, il s’est très tôt distingué dans l’enseignement, l’éducation et la formation religieuse refusant tout compromis sur les principes intangibles de l’Islam et dénonçant les tares d’une société bâtie sur la domination de l’aristocratie locale envers le peuple mais également de l’oppression de l’Administration coloniale française.
Il devint par la même occasion un guide mobilisateur, l’incarnation de l’espoir de tout un peuple, un refuge et un rempart tel un abreuvoir des assoiffés. L’adhésion des masses à sa voie ne se fit pas attendre. La fermeté de ses idées et son ancrage dans les enseignements de son maitre l’Envoyé de Dieu (Paix et salut de DIEU sur lui) allait inéluctablement le mettre en confrontation avec l’administration coloniale française pendant près de 33 ans.
Un combat qu’il réussi brillamment sans effusion de sang, refusant d’engager ses disciples dans une hécatombe. Il a appliqué et inculqué à ses adeptes la Guerre sainte de l’âme "jihadu nafs" ; le combat contre son âme charnelle.
C’est dans cette foulée qu’il a réhabilité toutes les valeurs de l’Islam qui expliquent le rayonnement et le développement du Mouridisme dans tous les domaines.
Cette puissante communauté, fidèle aux idéaux de l’Islam orthodoxe, conformément aux enseignements du fondateur, a connu un rayonnement dans des domaines dont l’expression est très visible. On peut entre autres noter :
-  Touba la cité religieuse fondée en 1888 par le Cheikh lui-même : la communauté sous la direction des Khalifes (successeurs) a bâti une ville qui est la deuxième ville du Sénégal en termes de démographie, après la capitale Dakar. A côté des réalisations infrastructurielles par l’administration décentralisée, TOUBA se singularise par des réalisations gigantesques sur fonds propres pour accompagner l’action de l’état.
-  Une grande Mosquée ainsi que plusieurs mosquées secondaires, des écoles coraniques et d’enseignement arabe, une grande bibliothèque et des centres culturels. Il faut également noter l’urbanisation extraordinaire dans une assiette de 30 000 ha et un titre foncier immatriculé au nom de Cheikh Ahmadou Bamba.
-  Une communauté qui a fait de l’éducation sa priorité comme en témoignent les multiples expériences dans ce domaine dont la plupart sont des initiatives en sus des programmes officiels.
-  Les valeurs de travail incarnées par ses membres les placent au devant de la scène aussi bien dans l’agriculture, l’industrie que les services. Depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours le poids des activités de la communauté mouride dans le PIB du Sénégal est incontestablement reconnu par tous les économistes
-  Les valeurs de solidarité qui sont si chères à l’Islam trouvent au sein du Mouridisme une application avec des réalisations humanitaires et sociales de haute portée (construction d’hôpitaux, dons de matériels, ambulances, construction de structures éducatives) et beaucoup de projets de développement (électrification, adduction d’eau, marchés) sous l’égide du Khalife Général des Mourides.
-  Les valeurs scientifiques et morales qui nous éclairent sur la pertinence de sa dialectique, sur le caractère scientifique de son œuvre, sur son statut de savant mystique et de législateur viennent se greffer au statut d’Homme de DIEU.
-  Les valeurs littéraires avec la vaste production du Cheikh, les thèmes et styles sans compter son influence réelle sur cette littérature aussi bien d’expression arabe que wolof.
-  Les valeurs artistiques centrées sur le Saint Coran où, sur le plan calligraphique, il est avéré qu’il a donné naissance de l’école du Mouridisme.

Aujourd’hui, cette communauté dont le développement ne laisse personne indifférente, puise sa force et son dynamisme dans l’intense vécu culturelle incarnée par son fondateur et dont la richesse est exprimée dans les valeurs hagiographiques se rapportant à l’étude de la vie et de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba riche en enseignements.


Honorables visiteurs,

Le Mouridisme est aujourd’hui présent dans les quatre coins du monde. Il compte des adeptes au Sénégal et à l’étranger. Parmi eux, on note diverses nationalités. Aussi bien en Europe que dans les 52 états des USA, les Mourides s’activent à la recherche de gain licite. On les trouve en Chine, au Japon, dans tous les pays de l’Afrique, en Amérique du sud, au Canada, en Australie et même au pays des esquimaux dans le froid polaire.
Dans un monde miné par la xénophobie, le racisme, le terrorisme et l’incompréhension, fruits de l’inévitable choc de cultures et de civilisations, l’humanité gagnerait à se ressourcer aux enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba.
Voilà un homme qui a subi toutes les formes de persécutions. Il a été exilé pendant près de 8 ans au Gabon, déporté pendant 5 années en Mauritanie, mis en résidence surveillée dans le Djolof au Sénégal. D’ailleurs il a terminé ses jours en résidence surveillée à Diourbel en 1927.
Dans les multiples tentatives de le liquider il a été précipité dans un gouffre, il a été enfermé dans une cage avec un lion affamé, il a échappé à une exécution sur la montagne sainte au Gabon lors de son exil.
Malgré l’injustice qu’il a endurée, malgré sa position de force dans laquelle il se trouvait à l’issue de ce combat dont il est sorti victorieux, il a unanimement et sans rancune aucune pardonné à l’ensemble de ses ennemis et détracteurs à l’instar de son Maitre, le Prophète Mouhammad (Paix et salut de Dieu sur lui) après l’entrée triomphale à la Mecque en l’an 622 de l’hégire.
" J’ai pardonné à l’ensemble des ennemis pour l’amour de celui qui les a chassé définitivement vers tout autre que moi et point je n’ai jugé utile de me défendre" a-t-il déclaré.
Malgré cela il n’a pas hésité à accéder à la demande de ses ennemis dans les pires moments de leurs difficultés :
• participation volontaire pour le relèvement du franc durant la crise ; sur un montant de près de 3 millions pour toute l’AOF (Afrique Occidentale Française) il a participé à lui seul pour un montant de cinq cent milles franc (500 000 francs) en 1926.
• Participation à la construction d’une infirmerie à Diourbel le 18 mai en 1909 pour un montant de cinq cent cinquante francs (550 francs)
• Assistance dans la mobilisation des tirailleurs sur demande insistante de la France durant la 1ère guerre mondiale.

En lieu et place de réparation, il a préféré le pardon. Quelle belle leçon de dépassement de tolérance et de pardon qui place le Mouridisme en pôle position dans les solutions durables de compréhension mutuelle et d’instauration de la paix sur toute la planète !

Honorables visiteurs

Loin de prétendre épuiser le thème dont la présentation m’a été demandée, tellement il est vaste et riche, j’ai voulu tout juste poser des repères et susciter l’intérêt autour de ce personnage hors du commun qui a consacré toute sa vie pour le triomphe des idéaux de l’Islam.
En attendant vos contributions, observations et questions pertinentes, je vous souhaite encore une fois la bienvenue dans la ville sainte de Touba.

Merci de votre attention.
Touba le 3 janvier 2016

Serigne Atou Diagne

Responsable Moral de Hizbut-Tarqiyyah
Recteur de l’Institut International d’Etudes et de
Recherches sur le Mouridisme
Promoteur du Groupe de Communication Al Mouridiyyah



LES KHALIFES

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